EAF et l’histoire des femmes dans les sphères publiques

Montgolfière EAF
EAF au pays de la représentativité

Aujourd’hui, nous avons repris notre montgolfière EAF pour survoler les terres de notre histoire de femmes dans les sphères publiques., avec Anne-Sarah Bouglé-Moalic  comme passionnant guide de voyage. 

Un voyage riche à travers une histoire qui nous impacte toutes aujourd’hui, et spécialement à la CPME toujours très impliquée dans la parité pour porter des mandats aux prud’hommes, au tribunal de commerce, dans les chambres de commerce et d’industrie, dans les IUT et autres centre de formation pour n’en citer que quelques-uns

Une histoire longue, un « Il était une fois », un « De tout temps » qui constitue une partie de notre héritage parfois très lourd à porter et à faire bouger

C’est le 19e siècle qui a vu se renforcer la séparation des sphères femmes/hommes : aux hommes la force et l’action, aux femmes le soin et la douceur !

Ces qualités « naturelles » vont définir les rôles et les activités des unes et des autres dans la société. Ce fondement biologique est renforcé par la construction politique. La femme étant très active dans la sphère privée, selon les hommes de cette époque, et influente auprès de son mari, pourquoi lui donner plus de pouvoir en l’autorisant à voter. Le mari reste le pivot de la société avec son salaire pour entretenir la famille. On parle de puissance maritale et puissance paternelle.

Il faudra attendre la réforme du régime matrimonial (1965) et la réforme de l’autorité parentale (1970) et tous les combats associés pour voir cette représentation évoluer. Mais les inégalités demeurent. Par exemple, le salaire des femmes, quand il existe reste un salaire d’appoint. On imprime même ces inégalités dans les structures : jusqu’en 1946, on pouvait embaucher une femme et la payer 25% moins cher, et dans les entreprises, les femmes n’ont pas le droit de travailler de nuit jusqu’en 98 (considérées comme plus fragiles et qui va garder les enfants ?)

Certes, aujourd’hui, nous avons les mêmes droits dans les textes… mais les choses changent très (trop?) doucement

« Sans loi sur la parité, pas plus de femmes en 1993 qu’en 1946 » à l’Assemblée nationale soit 6% de femmes parmi l’ensemble des députés. (Janine Mossuz-Lavau). Les quotas et la discrimination positive vont représenter un coup de pouce nécessaire pour passer un cap.

Au Sénat : 32% (5,9% en 98) et à l’Assemblée Nationale : 38,7% (8% en 2002)

Nous en sommes loin dans les présidences de région à moins de 10%, les mairies: 20% et les intercommunalités: 10,6%. Nous sommes loin du seuil minimum considéré pour avoir une influence.

Dans les entreprises, les Conseils d’Administration sont constitués à 45% de femmes dans les entreprises de plus de 500 salariés en 2018, grâce à obligation légale (elles étaient 8,5% en 2007 et 14,8% en 2011). Et si on regarde SBF120 ( CAC40 + 80 entreprises) : Il n’y a que 17,9% de femmes dans les Comex et les directions de ces grandes organisations.

Dans les médias en 2018, seules 18% des intervenants sont des expertes dans les émissions avec un temps de parole d’ 1,35 minutes. Les hommes ont un temps de parole de 25 minutes !

La discrimination positive est un moyen d’augmenter la parité dans les sphères publiques mais elle ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Beaucoup de freins à l’égalité et de questionnements sont présents.

Quelques points abordés dans notre voyage au pays des sphères publiques :

Comment élargir ce vivier des femmes qui ont des responsabilités et qui ont envie de s’engager … Nous prenons mal en compte l’égalité hommes/femmes à tous les étages de l’entreprise (Les femmes restent peu présentes dans les sphères de pouvoir).

Le plafond de verre n’est pas une vue de l’esprit.

La répartition des tâches à la maison est toujours très inégale.

Certaines femmes ne sont pas prêtes à ouvrir le chemin aux autres (or, le portage politique est essentiel)

Beaucoup ne se sentent pas légitimes et ont du mal à envisager que nous avons toutes une compétence pour gérer l’action publique en tant que citoyenne. (Ce sont les administrations qui ont les compétences pour mettre en place concrètement les orientations choisies)

Notre vocabulaire est pauvre en matière de féminisation des noms de métier

Nous terminons ce voyage dans notre montgolfière, atterrissant sur ce vaste paysage en mouvement perpétuel. Chacune le fait évoluer, creuse son sillon apporte sa pierre,

Aujourd’hui, nous avons partagé notre « action Colibri  » , nos associations, nos coopérations, pour un espace public plus diversifié, constitué de points de vue multiples qui amènent des débats riches et constructifs.

Merci à vous toutes, présentes ou pas dans cette montgolfière lundi, pour la diversité de vos regards, vos valeurs et vos actions qui les accompagnent !

Anne-Sarah Bouglé Moalic est docteure en histoire de l’université de Caen-Normandie. Elle a travaillé sur le droit de vote des Françaises et, à travers ce prisme, sur les institutions politiques et sur les féminismes. Elle fait partie du groupe Les Expertes et est l’auteure de : Le vote des françaises : 100 ans de débats 1848 – 1944 aux Editions du Cerf

 

Pour ouvrir

France Culture: Des pionnières à aujourd’hui, petits succès et grandes misères (ou vice versa) du genre en politique

La série Mrs America États-Unis, années 1970. prend la tête d’un mouvement pour empêcher la ratification de l’amendement qui vise à garantir l’égalité des droits entre les sexes.